6 novembre 2010

"Spider-Man: Turn Off the Dark" encore une fois retardé !

 

 "Spider-Man: Turn Off the Dark” supposé être le musical le plus grand et le plus éblouissant de la saison à Broadway, en tout cas le plus coûteux (60 millions de dollars), a de nouveau retardé son ouverture de 3 semaines au Théâtre Foxwoods de la 42ème rue, ratant ainsi la semaine de Thanksgiving (23 au 29 novembre), réputée pour être des plus lucratives.

Selon le New York Times, il devrait commencer les avant premières vers Noël, et ouvrir officiellement en janvier, période qui correspond à celle où il y a le plus de mévente dans les théâtres.

 

La première représentation devait se dérouler le 14 novembre, mais le spectacle est seulement en train d’être finalisé par le metteur en scène Julie Taymor (« le Roi Lion »).

La musique (de Bono du groupe U2) n’est toujours pas synchronisée avec les effets spéciaux, l’intrigue et les dialogues.

Les deux douzaines de séquences de vols n’ont pas été approuvées au niveau sécurité, par le département du travail.

Les scènes de transition, essentielles pour le rythme et la sécurité des artistes, ne sont pas achevées.

Deux acteurs ont d’ailleurs déjà été blessés lors de répétitions des séquences acrobatiques.

Personne ne peut encore dire, avec certitude, si le spectacle durera 2h30 comme attendu (aucune répétition intégrale n’ayant encore eu lieu !)

Michael Cohl, producteur, a déclaré jeudi que "c’est une question de peaufinage concernant écrous et boulons, et nous sommes légèrement en retard, mais tout va rentrer dans l’ordre".

 

Une production auX COÜTS faramineux

 

En général 10 millions de dollars sont nécessaires pour un musical standard à Broadway afin d’être dans une situation financière saine. Ce n’est rien à côté des 60 millions de dollars engagés dans Spider Man. De plus le spectacle nécessitera environ 1 million de dollars par semaine pour tourner.

 

Ce coût hebdomadaire est la raison pour laquelle, la plupart des musicals essaient de limiter les coûts initiaux à 10 millions de dollars : la plupart des 40 théâtres de Broadway n’ont pas la jauge suffisante (capacités en sièges) pour vendre des billets à prix moyen ou premium permettant de couvrir les coûts hebdomadaires, afin de commencer à avoir un retour sur investissement, et, par la suite réaliser des profits.

 

J Taymor a la réputation d’être perfectionniste, sans être obsédée par les coûts et les délais. Ainsi elle a passé une période relativement longue de répétitions (11 semaines) pour tester des expériences d’effets de vol, et d'autres effets spéciaux.

Ce n’est que dimanche 7 novembre que, pour la première fois, l'orchestre et la troupe interpréteront ensemble la musique dans le théâtre !

 

Les membres de l'équipe créative disent que J Taymor (qui a refusé d'être interviewée jeudi) garde son calme. "nous sommes dans un moment de vérité, sans aucun doute", a déclaré Glen Berger, qui a collaboré avec J Taymor sur le livre du musical. "Julie est impatiente de montrer au public ce que nous avons fait. Elle essaie de rester concentrée sur les tâches à accomplir, mais c’est difficile car il y a beaucoup de négativité sur le spectacle. Ce serait bien pire pour nous si le spectacle ne fonctionnait pas. Il fonctionne et les gens vont bientôt s’en rendre compte par eux même"

 

Sur le site, le retard est expliqué par le fait que la production soit "extraordinaire" !

 

Les retards sont fréquents pour les comédies musicales de Broadway, qui ouvrent sans test préalable dans d’autre ville. "Women on the Verge of a Nervous Breakdown", qui a ouvert jeudi soir au Théâtre Belasco, en est un exemple, nous en parlions il y a peu. En effet, ce musical devant faire face à un ensemble complexe de décors et projections, a été retardé deux fois .

 

"Spider-Man" devait initialement commencer en février 2010, mais la production s'est arrêtée lorsque le producteur principal précédent s’est retrouvé à court d'argent.

 

  un enjeu majeur au delà des coûts

 

Au-delà de la perte potentielle de centaines de milliers de dollars en ventes de billets, le dernier retard montre les enjeux de cette production - la plus chère de tous les temps à Broadway - à savoir : démontrer que le budget d’un film appliqué à un spectacle scénique arrive à devenir une réussite commerciale à Broadway.  

Ceci n’avait pas été démontré avec "Shrek the Musical", la production la plus couteuse (avec 12 millions annoncés) avant Spider Man, et joué seulement 14 mois, ce qui n’avait pas permis de retour sur investissement.

 

J. Taymor, veut "créer un spectacle comme on n’en a jamais vu à Broadway." Se faisant, l’équipe de production a placé la barre plus haute qu’aucune production ne l’avait fait jusqu'à présent. Ainsi, il faudra vendre autant de billet que Wicked,  (énorme succès qui a un taux de remplissage pratiquement de 100% depuis son ouverture) afin d’avoir une petite chance de réaliser un bénéfice.

Les ventes de billets atteignent pour le moment 8 millions de dollars (déjà encaissés), auxquels s’ajoutent entre 2 et 3 millions de dollars pour les commandes des groupes non encore réglées. Cette avance de trésorerie va certainement baisser en raison de l’annulation des avant-premières de novembre.

D’après deux personnes impliquées dans la production, mais voulant garder l’anonymat d’une part, car elles ont signé un contrat de confidentialité et, d’autre part, de peur d’être remerciées, indiquent que, pour le moment, les amateurs de théâtre ne font pas preuve d’engouement pour l’achat de billets pour le Spider Man. Les multiples retards, dont le dernier en date qui tombe à une période clé, en sont certainement pour quelque chose : certain avaient réservé des billets d'avion spécialement pour venir voir le musical !

 

Savoir quand, et même si "Spider-Man" atteindra la rentabilité est difficile à prévoir, en tout cas, il faudrait d’abord que le spectacle démarre !

 

©  Logo et dessins : Marvel - Texte  : Régis Gayraud /  Musicals in Europe